5 septembre 2013

Le cardinal Poupard* (Radio Vatican) :

Pourquoi la « voie de la beauté » est nécessaire à l’annonce de l’Evangile :

« Avec le soupçon qui pèse sur la vérité et la bonté, la via pulchritudinis, la voie de la beauté s’affirme toujours davantage comme nécessaire. Elle l’est pour nourrir la foi des fidèles comme pour témoigner de leur foi et pas seulement, évidemment, à travers les célébrations liturgiques, mais aussi dans toute la vie ».

Q- Evangéliser par l’art est-ce aujourd’hui encore d’actualité, dans une culture matérialiste ?

« Evidemment, plus que jamais, répond le cardinal Poupard. Plus une culture est matérialiste plus il apparaît nécessaire de donner notre témoignage. Récemment à Paris, après Vienne l’année dernière, et avant Lisbonne, Bruxelles et Budapest, j’ai affirmé ce besoin d’évangéliser par l’art. J’ai fait la même chose aussi en Afrique du Sud la semaine dernière ».

Q- Mais l’art a-t-il besoin de la foi ?

« C’est précisément l’exigence proposée par le Saint-Père dans sa Lettre aux artistes, lorsqu’il affirme :

« La foi a besoin de l’art ». Il l’affirme très simplement et il poursuit : « Mais l’art a-t-il besoin de la foi ? »

Il répond : « Oui, parce que la foi élargit l’horizon de façon étonnante, par la révélation de Dieu le Père, de Jésus, notre Dieu devenu notre frère et de l’Esprit Sanctificateur. Dans l’art, comme on le sait, tout artiste véritable dépasse le monde dans lequel il est immergé comme nous tous. Plus la culture est matérialiste et plus elle a besoin pour respirer, d’avoir l’oxygène que nous donne la foi. Elle en a besoin pour sa propre respiration ».

Q- Comment voyez-vous la relation entre la liberté de l’art et le respect des personnes ? 

« Nous disons : “la liberté pour quoi faire?” La liberté esthétique n’est pas un but en soi. La liberté est au service et une composante de la dignité de la personne. Le rapport est, dirais-je, ontologique. Il n’y a absolument pas d’opposition. Au contraire, la dignité de la personne et la liberté de l’expression artistique se nourrissent réciproquement ».

Q- Pensez-vous que l’on puisse « se convertir » devant une œuvre artistique ?

« C’est le secret des consciences. La conversion est toujours l’œuvre de l’Esprit Saint qui se sert de tant de moyens, que personne, souvent, n’aurait pu imaginer. Les conversions qui semblent foudroyantes ont elles aussi une préparation et nous pouvons dire que la « via pulchritudinis », la voie de la beauté représente un de ces chemins privilégiés ».

 

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*Préfet de la congrégation pour la Culture, à la Curie romaine

(9 novembre 2004, au Vatican,  lors de la IXe session publique des 7 Académies pontificales)